AVIS DE LA PRESSE
La Libre Belgique (8 mai 2023)
Au Grand Manège, Clematis en état de grâce.
Musique Six musiciennes baroques dans un feuilleté de créations contemporaines.
L’idée en revient à Jérôme Lejeune, jamais en panne d’idée, pour ses amies de l’Ensemble Clematis, jamais en panne d’énergie – ni d’inspiration, ni de virtuosité. Avec, déjà, un précédent qui fit mouche en 2017, à l’occasion des 80 ans de Pierre Bartholomée, lorsque furent créées Toccata&Scena du même, couplées à des
ballets de l’Orfeo de Monteverdi et précisément dédiées à Clematis. C’est le même concept - une mise en résonance poétique et formelle de pièces italiennes du XVIIe et de pièces contemporaines en création (le tout au diapason 440) – qui aboutit au concert donné vendredi au Grand Manège de Namur. Ce soir-là, six musiciennes - Stéphanie de Failly, fondatrice de l’ensemble, et Catherine Plattner, violons, Samantha Montgomery et Ellie Nimeroski, altos, Marion Martineau, violoncelle, Lucie Chabard, clavecin et orgue - étaient en charge d’un programme intitulé "Miroirs vénitiens", qui s’ouvrit tout
naturellement avec cette Toccata de Bartholomée qui avait inspiré toute l’affaire.
Unité ou dualité ?
C’est un de ces bijoux où se déploie le savoir-faire du compositeur (familier des instruments anciens), pouvant compter dans ce cas sur le raffinement et l’engagement du "collectif" (comme se définit Clematis). Clin d’oeil à Monterverdi avec Il Ballo delle Ingrate, avant le premier mille-feuille de la soirée, alternant, enchaînant parfois, des danses de Biagio Marini et leurs échos - prolongements, reflets - selon Benoît Mernier, couronnés par une entêtante passacaille conclusive.
Si ce type de programme n’est pas une nouveauté, le résultat en reste souvent au stade d’une tentative plus ou moins convaincante. L’autre soir en revanche, on assista à l’éclosion d’une oeuvre nouvelle, tierce et cohérente, à l’image d’un diaphragme qui s’ouvre (lorsqu’on s’éloigne de la tonalité) et se resserre (au retour vers les consonances anciennes), sublimation en musique des interrogations humaines, dans une troublante et délectable unité organique. En deuxième partie, le même exercice était signé par Michel
Fourgon, avec pour terrain de jeu des Balletti de Giovanni Legrenzi, conclus eux aussi par une grisante chaconne (cousine de la passacaille), mais avec des résultats très différents. L’écriture est sans doute plus formelle, proche des structures anciennes mais avec l’intention perceptible de s’en démarquer, au point d’y glisser des citations du XXe (Stravinski…) et quelques dissonances bien senties. Et tant qu’à parler de millefeuille, la distinction est donc plus nette (que chez Mernier) entre la pâte feuilletée et la crème pâtissière, l’organicité globale est absente (ou ailleurs ?) et l’auditeur est confronté à des choix. La véritable confrontation (pacifique et édifiante) fut donc entre les compositeurs d’aujourd’hui. (Martine Mergeay)

